
Oui, toujours une image de cette extraordinaire Chronique de Straub/Huillet pour les Variations Goldberg, interprétées hier soir par Andreas Staier. L’instrument, le corps (ici Leonhardt), le texte dans la tête. Stupéfait, je l’étais. De découvrir encore et toujours cette musique géniale. Parce que l’instrument a sa propre identité, parce que chaque corps est singulier, parce que le texte (ce que l’on peut nommer un texte) est mobile, parce que je suis encore vivant. Osons ceci, grâce à Sollers (De la main de Sade) qui écrit: “Entraînement constant, fouilles dans la langue elle-même à travers des listes d’antonymes et de synonymes, ouverture répétée vers la prolifération. Je trouve particulièrement révélatrice cette liste effervescente : «faveurs, attraits, traits, beauté, désir, plaisirs, volupté, touchants appas, divins, doux, amours, sentiments, soupirs, naître, grâces, dieu-dieux, déesse, tendresse, odeurs, feux, flammes, âme, cœurs, penchants, rose, fleurs, tendrement, ardemment, joies, délices, candeur, naïveté, œil, yeux, bouche, trône, empire, fers-chaînes», après quoi deux mots barrés : « captiver, soupirer ». Et ça reprend, comme une fugue : «illusions, prestige, rigueurs, choix, foi, idéal, souvenir, promesse, fête, bonheur, malheur, inspirer, respirer, désirer, souhaiter, jouissance ». Sade est au clavecin, il improvise, il fait monter les mots, il compose, en vrai musicien baroque (c’est un génie baroque), une Suite française, à la Bach. Quel charme, quelle fraîcheur.” Une Suite française remplacée, ici, par les Variations Goldberg.





