“Hélas, quelles drôles de choses vous êtes, mes pensées écrites et peintes! Il y a peu, vous étiez encore si multicolores, jeunes et malignes, pleines de piquants et d’épices secrètes que vous me faisiez éternuer et rire – et maintenant? Déjà vous vous êtes dépouillées de votre nouveauté, et quelques-unes d’entre vous sont, j’en ai peur, sur le point de se transformer en vérités: elles ont déjà l’air si immortelles, si désespérément comme il faut, si ennuyeuses! Et en fut-il jamais autrement? Quel genre de choses écrivons-nous et dépeignons-nous donc, nous mandarins aux pinceaux chinois, nous éterniseurs de choses qui peuvent s’écrire, quelles sont les seules choses que nous soyons capables de dépeindre? Hélas, jamais rien d’autre que ce qui est sur le point de se faner et commence à perdre son parfum! Hélas, jamais rien d’autre que des orages qui se retirent, épuisés, et des sentiments jaunis et tardifs! Hélas, jamais rien d’autre que des oiseaux las de voler qui se sont égarés, et que la main – notre main – peut désormais saisir au vol! Nous éternisons ce qui n’en a plus longtemps à vivre et à voler, rien que des choses fatiguées et plus que mûres! Et c’est seulement pour votre après-midi, mes pensées écrites et peintes, que j’ai des coloris, bien des coloris peut-être, bien des tendresses multicolores et cinquante jaunes, bruns, verts et rouges: – mais à les voir, nul ne devinera ce qu’était votre aspect à votre matin, vous, les étincelles et prodiges soudains de ma solitude, vous, mes vieilles, mes chères, – - mes mauvaises pensées!
Nietzsche, pp.296-7, Flammarion, 2000
“Mélomane, Magritte aime Brahms, Bach, Ravel, Lalo, Duparc, Churchill, Sibelius, Fauré, Debussy, Satie, Chopin, Smetana et cent autres.
En littérature, il suit Rex Stout, Bret Harte, Dashiel Hammett, Baudelaire, Raoul Whitfield, Noyes Hart, Edgar Poe, Freeman Wills Crofts dans ses bons moments, A.-W. Mason et Pierre Rousseau. Le livre dont il se souvient avec le plus de plaisir est “L’Ile au Trésor”.
Les films qui lui ont le mieux convenu sont “Les Espions”, de Fritz Lang, et “Vampire”, de Dreyer. Son acteur favori est Sinoël.
Ses goûts en peinture? Il n’en a pas.”
Louis Scutenaire, éd. Lebeer Hossmann, 1977

Barnett Newman

merci Sylvie.

photo M.A.
“Remarquons au passage que dans la Création, dite divine seulement en ceci qu’elle se réfère à la nomination, la bactérie n’est pas nommée. Elle n’est pas plus nommée quand Dieu, bouffonnant l’homme supposé originel, lui propose de commencer par dire le nom de chaque bestiole.
De ce premier déconnage nous n’avons de trace qu’à en conclure qu’Adam, comme son nom prononcé à l’anglaise l’indique assez – allusion à la fonction de l’index chez Pierce – était une Madam, selon le joke qu’en fait Joyce justement.
Il faut bien supposer en effet qu’Adam n’a nommé les bestiaux que dans la langue de celle que j’appellerai l’Èvie. J’ai bien le droit de l’appeler ainsi puisqu’en hébreu, si tant est que l’hébreu soit une langue, son nom veut dire la mère des vivants. Eh bien, l’Èvie l’avait tout de suite et bien pendue, cette langue, puisque après le supposé du nommer par Adam, la première personne qui s’en sert, c’est elle, pour parler au serpent.
La Création dite divine se redouble donc de la parlotte du parlêtre, comme je l’ai appelé, par quoi l’Èvie fait du serpent ce que vous me permettrez d’appeler le serre-fesses, ultérieurement désigné comme faille, ou mieux phallus – puisqu’il en faut bien un pour faire le faut-pas.”
Jacques Lacan, Le Séminaire XXIII, Le sinthome, p. 13